Jeudi 20 août 1914

Matin. Je suis envoyé en patrouille avec un peloton et lieutenant Lalle à Bisel. Je rapporte un renseignement 10h. Je suis arrêté par un poste d’infanterie placé à la sortie du bois de Réchézy. Le soir, nous partons pour Hitzbach, par Bisel. Nous nous détachons de l’escadron et partons devant avec le capitaine. Nous arrivons de nuit et nous établissons le cantonnement.   

Mercredi 19 août 1914

19/08/1914

19/08/1914

Matin. Je suis envoyé par le capitaine porter un pli au colonel du 242e à Suarce. Le soir, je suis envoyé à Dannemarie porter renseignements au commandant. Je le trouve avec l’escadron du 18e à Carspach. Dans les bois de St Michel, on voit, çà et là, de nombreux paquets de cartouches. Dans le lointain, on entend quelques coups de canon qui paraissent venir du côté de Mulhouse. Sur la route sont des Chasseurs d’Afrique tous frais débarqués. L’artillerie est en batterie en plusieurs endroits et très bien abritée. Je reviens à Lepuix. L’artillerie rentre à Dannemarie. Ce qui m’a frappé, c’est le débarquement du 15e train composé exclusivement de charrettes à 2 roues attelées de mulets.

Lundi 17 août 1914

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17 août 1914

La division doit partir dans la journée. Nous nous apprêtons. Toutes les troupes passent + un corps d’armée du Midi (16e) qui vient de débarquer. Nous ne partons qu’à 11h. Nous passons par Oberbrau, Bréchaumont, Chavannes/l’Etang, Foussemagne, Cunelières. A Chavannes/l’Etang : maison criblée et arbre percé. C’est le côté allemand de la bataille de Montreux. Le commandement et le 18e cantonnent à Montreux-Château. Le 11e cantonne : 3 pelotons à Lepuix et le 4e à Suarce. Je demeure à Cunelières. Une dispute s’élève au café entre les territoriaux cyclistes et les patronnes de l’établissement. Je suis envoyé à 10h du soir à Montreux porter un pli au commandant que je ne trouve qu’avec la plus grande difficulté. Ayant un autre pli pour l’artillerie qui se trouve à Montreux-vieux, je ne peux passer la barrière pour y aller directement. Je reviens à Cunelières et comme on ne voit pas clair, je couche à Cunelières dans une grange où se trouvent plusieurs tringlots*. Je pars à Montreux au jour et je reviens 7h.

*tringlots : terme argotique désignant un militaire chargé de l’approvisionnement.

Dimanche 16 août 1914

Nous descendons à Valdieu. Toute la division avance. Dépassons Dannemarie. Blessés allemands restés à Dannemarie. Nous allons mettre pied à terre vers le viaduc et y restons toute la matinée. Le soir, nous allons cantonner à Wolfersdorf. Je suis alors envoyé comme agent de liaison à la division qui se trouve à Niedertraubach. Il pleut. Dans la nuit, je porte un pli au commandant à Wolfersdorf.

Samedi 15 août 1914

Matin : 5h. Je suis envoyé par l’officier afin de transmettre un pli au général qui doit se trouver à Mansbach ou à défaut à Dannemerie. Je passe par Romagny. Alors, tout ce qui m’a échappé la veille, à la faveur de la nuit se retrouve devant mes yeux à ce moment. En traversant le bois, je rencontre un peu de tout ce que l’on peut s’imaginer ( je parle  » équipements militaires  » : bottes, fusils, sacs, cartouchières, bandes de pansements, brosses, casques, bidons, bicyclettes…). Tout cela gisant sur le bord de la route. Un sentiment de tristesse m’étreint à la gorge. Quoique ce terrain soit uniquement jonché d’effets allemands, cela saisit même le plus indifférent.

À Romagny, les habitants sont affolés, ils se cachent. Je me dirige vers Mansbach. La route est aussi semée des mêmes objets que j’indique plus haut. En entrant à Mansbach, je trouve 2 paysans occupés à soigner un cheval qui paraît avoir appartenu à un régiment de chasseurs. Le pauvre animal souffre, ayant reçu une balle au membre antérieur gauche. À Mansbach, aucune troupe, ni française, ni ennemie. Le général n’y est pas. Je pousse jusqu’à Dannemarie. Avant d’arriver dans cette cité qui, la veille encore, était occupée par les Allemands, je m’informe si des troupes françaises sont là. Un jeune homme, à qui j’adresse cette question, me répond négativement, mais m’assure que l’ennemi a complètement évacué. Je m’arrête alors à l’entrée de Dannemarie pour adresser la même question à un paysan qui se trouve devant chez lui. C’est un surplus de précaution qui n’est pas à dédaigner : souvent un seul alsacien, mal intentionné, pouvant très bien induire en erreur et faire tomber dans une embuscade. Au moment où j’étais ainsi à causer au paysan, des coups de feu retentissent du pont du chemin de fer qui se trouve à environ 50 à 60 mètres de l’endroit où je me trouve. Lorsque je reconnais la direction et le nombre (6 ou 7) de mes agresseurs, je saute à bicyclette et je pars dans la direction de Dannemarie poursuivi par les coups de feu de mes ennemis. Je traverse Dammerkich et je reviens à Lutran par Retzwillers et Valdieu. Chemin faisant, entre ces 2 pays, je rencontre un escadron du 26e Dragons.

J’arrive à Lutran. L’escadron l’a déjà quitté, je le suis et je le retrouve à Romagny, partie dans le bois et partie dans le village. Des vedettes sont placées sur toutes les hauteurs. C’est alors que chacun ramasse : qui un casque, qui un sabre, fusil, baïonnette, cartouches. Un browning est trouvé et remis au commandant. La plupart des fusils sont cassés à mesure qu’on les trouve. Je vais avec Pamiers, Gargouttes et Viennet au-dessus de Magny pour ramener les fourgons. Nous allons à Chavannes-les-Grands. Pas de fourgons. Une demoiselle du café me paye le rhum. Un obus est tombé dans la toiture. Nous revenons. La pluie commence à tomber. Nous trouvons les fourgons à Magny. Dans ce village, une maison est brûlée : plusieurs ont leur toiture défoncée. Bon cœur du cabaretier. Un enfant a été tué par les allemands lorsqu’il se montrait à la fenêtre. Nous ramenons les fourgons et l’escadron vient lui-même cantonner à Lutran en passant par Romagny.

Le soir, il pleut beaucoup. Des vedettes sont placées tout autour du village. On déterre un cheval pour une accusation portée contre un habitant du village. Deux civils sont emmenés en camion automobile. Le soir, je vais prévenir le peloton, qui est resté à Romagny, afin qu’il rentre à Lutran. Le commandant ordonne de se tenir prêt à partir pour le cas où il ne viendrait pas d’infanterie. Vers le soir, il arrive une compagnie. Ils établissent des barricades autour du village.

Vendredi 14 août 1914

6h Déjeunons. Je rencontre à Vézelois, Jacquot qui me dit que son frère est disparu la veille. Nous recherchons l’escadron à Chèvremont, Bessoncourt, Pérouse. Nous le retrouvons à Petit-Croix. Il a campé, la nuit qui vient de s’écouler, dans les champs. C’est alors que l’on apporte à Petit-Croix tous les blessés de la veille. Il y en a un grand nombre, parmi eux 3 capitaines. Beaucoup meurent en les apportant. C’est triste à voir.

Midi. Nous nous rendons dans les bois de Vézelois sur la route. Des patrouilles partent alors dans la direction du champ de bataille de la veille. Elles signalent que l’ennemi s’est retiré. Des coups de canon se font entendre du côté de la Suisse. Le commandant nous annonce alors que la 57e division avait repoussé l’ennemi. Nous mangeons nos repas froids et je suis envoyé porter un pli au général à Cunelières.

5h du soir. Je suis chargé d’accompagner le 3e peloton qui va cantonner à Lutrans (en tête Mr de Moussad). Nous passons par Vézelois, Vellescot, Grosne, Chavannes-les-Grands, Magny et Romagny. Il est tard, quand nous traversons le champ de bataille, presque nuit. La plupart des objets et des choses échappent à nos yeux, mais on sent que quelque chose d’anormal vient de s’y passer. Tout est tranquille. Dans les villages, très peu de lumières. À Romagny, plusieurs maisons sont en feu et à la lumière de ces incendies, on entrevoit les dégâts occasionnés par la mitraille. L’église et le clocher sont en lambeaux. D’après des renseignements pris dans le village, les Allemands sont partis vers 4h du soir. En partant, ils ont emmené plusieurs paysans accusés d’avoir tiré sur eux. Ceux qu’ils n’ont pas emmenés ont été menacés du revolver. Plusieurs incendies ont été allumés volontairement avec défense pour les habitants de sauver aucun des objets et des animaux qui s’y trouvaient. N’ayant pas eu le temps nécessaire pour transformer tout le village en un vaste foyer, ils ont menacé de brûler le reste s’ils y revenaient. Les paysans sont désolés et beaucoup songent à fuir vers la France. Nous arrivons à Lutran assez tard. Le village n’a pas souffert de la bataille. On entend un mouvement de troupe sur la grande route, du côté de Valdieu. Je suis envoyé par l’officier pour en connaître la nature et la direction. C’est de l’infanterie (371e) et un peu d’artillerie qui doivent cantonner à Valdieu. Le peloton cantonne alors à Lutran (œufs).

 

 

Jeudi 13 août 1914

6h du matin : je suis envoyé avec 5 cavaliers à Romagny pour rapporter un renseignement. À la sortie de Chavannes-les-Grands, un paysan nous prévient de faire attention car des cavaliers ennemis ont été aperçus par lui du côté de Romagny. Je retourne prévenir le capitaine qui me dit de passer plus avant. Je retourne et trouve les cavaliers que j’ai quittés au delà de Magny. Je marche derrière les 2 premiers cavaliers. À 150 mètres de Romagny, ceux-ci et moi, aperçoivent des hommes dans une tranchée, mais trompés par le brouillard nous avançons encore, quand tout à coup nous reconnaissons notre erreur. Nous retournons, suivis jusqu’à Magny par des coups de feu. Je vais alors prévenir le capitaine qui envoie une patrouille à la sortie du village. L’escadron se retire. Pendant 2h, on entend des coups de feu. On ramène ensuite 2 blessés de la patrouille en question. Le 260e arrive et occupe les tranchées et le bois de la ville. Midi : tout est tranquille. Je déjeune à la villa. La cave est enfoncée. Deux pièces sont installées sur la route. À 2h , premier coup de canon tiré par les Allemands sur Montreux. Alors commence la bataille sur le front de Montreux-Chavannes-les-Grands. Je suis chargé de surveiller la ligne de bataille afin de prévenir l’ambulance en cas de danger. Nous suivons le route de Vellescot. Dans le bois, les balles sifflent. Je vois les obus éclater au-dessus de la crête. La bataille bat son plein, SAM_0393SAM_0394 surtout aile gauche. L’escadron est dans le bois. Je pousse vers Vellescot et le retrouve en arrière du bois. Je le suis. Il va  se placer au-delà de Vellescot. Je reste avec lui sur la route et avec 2 cyclistes. Dans ce moment, il se produit un grand mouvement de troupes allant du côté de Novillard (12e Hussards, 11e Chasseurs, 14e et 16e Chasseurs). On voit aussi plusieurs batteries volantes et la compagnie cycliste du 21e Chasseurs à pied. Toutes ces troupes se déplacent avec une très grande rapidité. Je bois rapidement un demi litre de lait cru trouvé à Vellescot et pendant ce temps, on nous prévient que l’ennemi veut nous couper la route à Grosne. Nous partons dans la direction de Novillard ne sachant pas où se trouve l’escadron qui est entré dans les champs. Nous passons. Et la nuit nous arrêtant, nous nous arrêtons à Novillard où nous couchons sur un tas de foin. Vézelois (3h).

Ce même jour, à proximité, a lieu la bataille du Moulin de la Caille à Montreux -Jeune (près de 800 tués, blessés ou disparus de part et d’autres)

http://www.moulin-de-la-caille.org/#!la-journe-du-13-aot/c1jcw

Mercredi 12 août 1914

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12 août 1914

Matin : nous quittons Magny pour Petit-Croix. Passons à Chavannes-les -Grands, Montreux. L’escadron se forme dans les champs à gauche de la route, puis revient à droite. Je rencontre les télégraphistes de l’active. Nous passons toute l’après-midi dans les champs par une chaleur torride. Le 235e est à notre gauche. 4h : enfin on essaye de faire la soupe. 5h : alerte ! Tout le monde part. L’escadron passe à Montreux-Jeune et là, je le perds. Je me rends alors à Montreux-Vieux et Chavannes/l’Etang, Foussemagne, rien. Je reviens à Montreux et je rencontre Raynaut qui me dit que l’escadron est à Chavannes-les-Grands. Je m’y rends et le trouve campé en de çà. Pour comble, il n’y a pas eu de distributions et je trouve à manger chez le boulanger. L’escadron tue un mouton pour faire la soupe qui n’est donnée qu’à minuit. Je couche dans une grange avec Viennet. Dans la nuit, les Hussards arrivent cantonner au village. Les convois passent et reviennent aussitôt.

Vous pouvez suivre l’itinéraire sur « Cartographie« 

Montreux Vieux

Montreux Vieux